Une économie de l’eau pour une économie de la vie

 

Le Centre des Jeunes Dirigeants d’Entreprises – CJD Maroc, a organisé samedi 19 mars à Rabat, une plénière autour du thème très opportun de la problématique de l’eau, intitulée « une économie de l’eau pour une économie de la vie ». Ainsi, ont été abordées, les questions relatives à la gestion efficace des ressources en eau à l’aune de la pire sécheresse des quatre dernières décennies que traverse le Royaume. Retour sur les interventions éclairantes de Houria Tazi Sadeq, Driss Benhima et Salma Bougarrani qui poussent à la réflexion pour une meilleure approche des ressources en eau.

Le CJD Maroc témoigne une nouvelle fois de sa capacité à traiter de sujets justes et pertinents. Son Président national, Naoufal El Heziti a, lors de son allocution, adressé un message fort : « Je crois que dans un Momentum comme le nôtre aujourd’hui, dans un monde complexe où les défis sont pluriels… il est nécessaire de reconquérir un certain nombre de champs : il faut reconquérir le champ de la pensée, celui de la culture, celui de la souveraineté intellectuelle, et reconquérir le champ de l’éducation. L’éducation fait mûrir une personne, elle nous entraine à devenir Homme, à devenir nous-mêmes. ».

Réitérant par la même occasion la vision du CJD : « le CJD, est un espace où la jeunesse est une philosophie d’impact. Cette jeunesse qui, aujourd’hui, a certainement besoin de nous, mais demain on aura besoin d’elle. Le CJD est un mouvement qui a toujours eu la même préoccupation, celle de mettre l’Homme au cœur, le comprendre, l’encourager, le mettre en mouvement mais surtout le responsabiliser. »

Dans un contexte caractérisé par un stress hydrique, Houria Tazi Sadeq, Avocate et professeure universitaire, spécialisée dans le droit de l’environnement, a d’emblée souligné la « responsabilité sociétale » de tout un chacun quant à la problématique de l’eau, tout en soulignant le caractère « multidimensionnel et intersectoriel » de la thématique de l’eau.

« Nous sommes dans un pays aride et semi-aride; il reçoit toute son eau du ciel. Aujourd’hui, nous avons recours aussi au dessalement de l’eau de mer mais la ressource principale c’est la pluie » a-t-elle précisé. Selon elle, la problématique de l’eau est multifactorielle : « La question de l’eau a un lien avec la démographie. Nous avons une population en évolution importante, la demande augmente ainsi et se diversifie. Elle a aussi un lien avec la migration. Il y a ce que l’on appelle dans le milieu écologique « la migration climatique ».

 

« Elle a aussi un lien avec le défi énergétique: l’eau par l’énergie et l’énergie par l’eau. Aujourd’hui les deux posent problème. Il y a un défi avec la sécurité alimentaire (l’agriculture a besoin d’eau). Il y a un défi avec la paix et le conflit aussi. Au Maroc il y a 3 bassins hydrographiques qui ont les 2/3 de l’eau du pays. Il y a aussi un défi avec la santé: 80% des maladies sont d’origine hydrique ou véhiculées par l’eau. », a-t-elle poursuit. La spécialiste préconise d’avoir recours à des « plateformes multi acteurs » pour une meilleure optimisation des ressources en eau, à l’instar de COALMA, la coalition des acteurs publics et privés de l’eau et de l’assainissement au Maroc. « Je pense que c’est un forme de gouvernance qui permet la synergie et la coordination ».

Driss Benhima, ex-PDG de la RAM et de l’ONE, entre autres, pense que l’on doit maintenant se préoccuper de la « rationalisation de la consommation » : « L’alimentation en eau pour les besoins de la population, de l’agriculture et de l’industrie ne passe plus par la mobilisation de nouvelles ressources mais par la rationalisation de son utilisation ». Et d’ajouter :  » les voies de la rationalisation sont d’augmenter les rendements des réseaux, d’équilibrer les bassins d’alimentation excédentaires et les bassins déficitaires et de réutiliser les eaux usées, et enfin de réorienter les consommations agricoles ».

Driss Benhima s’est félicité des réalisations remarquables du Maroc, notamment en ce qui concerne la politique des barrages: « Le Maroc dispose aujourd’hui de 139 barrages pour 18 milliards de m3 mobilisés. C’est un grand succès. Ca restera dans les grandes réalisations du Maroc moderne ». Cela dit, il estime qu’on ne peut plus compter sur les barrages pour assurer l’alimentation en eau: « Je pense que 80% des sites hydrauliques intéressants sont déjà équipés »… « L’ Etat marocain continue à budgéter des ouvrages alors que les montants alloués seraient mieux utilisés dans la rationalisation de la consommation. »

« On a eu une accélération de l’envasement plus rapide que ce qui a été prévu. Il faut faire les barrages de garde pour limiter l’envasement. Une idée consisterait à réorienter les budgets de réalisation des barrages vers les budgets de réduction des pertes et de régénération des eaux usées », poursuit-il. Driss Benhima préconise le dessalement comme étant « une option obligatoire à court terme ». « Le couplage des techniques de dessalement, avec les énergies renouvelables, permet d’envisager la satisfaction assurée des besoins en eau potable sur le littoral ».

Salma Bougarrani, Cofondatrice et Directrice générale de Green Watech, une entreprise spécialisée dans l’assainissement rural et décentralisé, a abordé la problématique de l’assainissement dans le milieu rural au Maroc: « Au Maroc, les eaux usées domestiques sont rejetées sans aucun traitement pratiquement, dans le milieu rural marocain. Le milieu rural souffre des problèmes liés au manque d’assainissement. Dans plus de 50% des puits dans lesquels on a fait des analyses, on a trouvé une contamination de l’eau potable par les eaux usées ».

Source : Challenge.ma

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